L’audit et le contrôle des filiales étrangères à l’épreuve du confinement

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Une tribune de Jean-Marc Allouët, Associé chez BM&A, Ingénieur spécialisé en investigations comptables et financières.

Depuis deux mois désormais, confinement, distanciation physique et télétravail lorsque cela est possible, se sont imposés à plus de la moitié de la planète. Le chômage partiel touche plus d’un salarié sur deux, bien évidemment en raison de la sous-activité économique générale, mais aussi en raison de l’impossibilité de travailler efficacement. De nombreuses directions de l’audit ou du contrôle limitées dans leurs déplacements et actions sont parfois conduites à mettre entre parenthèses leurs activités, alors que le contexte favorise les tensions et les risques, rendant notamment le contrôle des filiales encore plus critique. Or, les solutions de continuité de contrôle et de l’audit interne de ces filiales existent.

1) Une augmentation des risques, une diminution de la capacité de contrôle ?

La crise actuelle est d’ordre sanitaire, mais aussi économique. Les risques de dérapage, d’erreurs ou de fraudes se nourrissent naturellement de ce contexte : manipulation des comptes pour gonfler les performances face aux attentes de la direction, des actionnaires et des marchés financiers, corruption active ou passive pour la conservation ou l’obtention de marchés, ou tout simplement erreurs de saisies comptables dans des conditions de travail dégradées. Face à cette augmentation du risque, on ne peut pas accepter une diminution du niveau de contrôle dont l’objectif est double : la détection bien sûr et également la dissuasion.

Les auditeurs et les contrôleurs doivent donc trouver des modes de fonctionnement alternatif efficients.

2) Le numérique évidemment pour échanger

En quelques semaines, les plus réfractaires au télétravail s’y sont adaptés, parfois avec un succès qui les a surpris eux-mêmes. Visio-réunions, points hebdomadaires, plateformes de gestion commune de tâches… toutes ces solutions permettant de rendre possible échanges et travail coordonné se sont rapidement imposées.

Cependant, être en capacité d’échanger des informations et communiquer ne suffit pas. Il faut disposer de la matière première du contrôle et de l’audit : la donnée.

3) Le digital aussi pour auditer

Deux avantages de la donnée :

  • contrairement à nous, elle est immatérielle. Elle peut donc être accessible et déplacée quasi instantanément ;
  • le plus souvent, elle est plutôt bien structurée, donc aisément exploitable.

Citons l’exemple de ce grand groupe français dont la majorité du département d’audit et de contrôle interne est aujourd’hui en activité réduite, sans possibilité de déplacements dans les filiales. En réponse à cette contrainte, la direction a décidé de mettre en œuvre une campagne importante d’analyse des pratiques et des flux comptables de plus de cent filiales dans le monde. Après trois semaines seulement, l’ensemble des données est collecté et les analyses menées :

  • des événements locaux atypiques sont identifiés, nécessitant probablement des investigations complémentaires ultérieures ;
  • des problèmes transversaux apparaissant dans l’ensemble des filiales sont aussi observés, amenant à lancer une réflexion globale pour le groupe sur les processus concernés ;
  • des pistes d’économies potentielles sont découvertes, notamment sur le cycle achat et la relation avec des fournisseurs de nombreuses filiales travaillant sans négociation globale ;
  • une refonte globale du programme d’audit est rendue possible, préparant efficacement le déconfinement et le retour à une situation « normale ».

La donnée comptable et financière est riche d’enseignements si l’on dispose des moyens et du temps pour la raffiner et l’analyser. C’est ce que pratique d’ailleurs l’administration fiscale depuis plusieurs années avec la mise en place du FEC et la procédure d’audit à distance. Cette démarche ne doit pas être réservée aux auditeurs et contrôleurs externes ! Pour cela, il faut du temps disponible et des moyens efficaces :

  • le temps : le contexte nous le donne, voire nous l’impose ;
  • les moyens d’analyses rapides et approfondies : ils existent, démontrent leur efficacité et sont très accessibles, en particulier dans un contexte de limitation des dépenses de déplacement !

En conclusion : tétanie ou accélération des mutations ?

Le confort des habitudes a été balayé par la crise actuelle. Ce ne sont pas nécessairement les plus gros ou les plus puissants départements d’audit et de contrôle qui sortiront renforcés par cette période, mais les plus agiles et les plus adaptables. La capacité à utiliser des moyens d’audit et d’analyse numériques est sans aucun doute l’un des facteurs clés de cette agilité.

Plus encore, limiter les déplacements tout en étant plus performants s’inscrit dans une démarche importante de développement durable.

Il ne s’agit donc pas d’une réaction ponctuelle à la crise, mais bien d’une transformation en profondeur. Il ne faut pas en sortir vivants, il faut en sortir meilleurs !

Jean-Marc Allouët, Associé chez BM&A, Ingénieur spécialisé en investigations comptables et financières

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